Thomas Sankara, le diamant noir

Publié le par Osiris, The Niobium-Titane God


DJ CC Jung "The global gang effect" :










L'histoire...

 


Il y a deux manières de concevoir l'Afrique. La première, condescendante et hautaine, consiste à considérer le continent comme une terre maudite charriant inévitablement son lot de fléaux, de guerres, de dictatures sanglantes et de misère. L'africain serait donc dans cette optique dévoyée, un incapable, un assisté et un fardeau pour le reste de l'humanité. « Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles ». C'est une manière bien pratique de se dédouaner de ses propres responsabilités, une façon commode d'évacuer promptement l'histoire et de ses douloureuses séquelles... « La colonisation n'est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l'Afrique. Elle n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n'est pas responsable des génocides. Elle n'est pas responsable des dictateurs. Elle n'est pas responsable du fanatisme. Elle n'est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n'est pas responsable des gaspillages et de la pollution. ». Les citations pour illustrer cette splendide posture sont des extraits du discours tenu par...Nicolas Sarkozy...à Dakar (Sénégal - voir liens).

 

L'autre manière d'envisager le continent noir, c'est d'ouvrir les yeux et les oreilles, de commencer par écrire la liste non exhaustive de tout ce que l'homme noir a apporté à la civilisation au travers des arts, du sport, de la littérature et du reste, c'est d'écouter attentivement Thomas Sankara et Jean Ziegler entre autres pour comprendre et aller un peu plus loin que la surface des choses... Là, le discours a immédiatement une autre portée et une certaine hauteur de vue.

 

 

Qui était Sankara ?

 


'Le 15 octobre 2007, sera commémoré le 20 ème anniversaire de la mort de Sankara dans de nombreux pays. Si Sankara reste largement méconnu hors de l'Afrique, il reste sur le continent dans bien des mémoires, comme celui qui disait la vérité, celui qui vivait proche de son peuple, celui qui luttait contre la corruption, celui qui donnait espoir que l'Afrique renoue avec la confiance, qu'elle retrouve sa dignité bafouée. Mais il était bien plus que cela : un stratège politique ayant dirigé jusqu'à la victoire un processus révolutionnaire, un président créatif, porteur de révolte, d'énergie, qui s'est engagé jusqu'au sacrifice suprême et enfin une voix qui porta haut et fort les revendications du tiers monde. » (Le Monde Diplomatique).




 





Sankara dans le texte...


 

«  Permettez, vous qui m'écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom de mon Burkina Faso tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.
Je parle au nom de ces millions d'êtres qui sont dans les ghettos parce qu'ils ont la peau noire, ou qu'ils sont de cultures différentes et qui bénéficient d'un statut à peine supérieur à celui d'un animal.

Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves, afin qu'ils n'aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s'enrichir en convolant en noces heureuses au contact d'autres cultures, y compris celle de l'envahisseur.

Je m'exclame au nom des chômeurs d'un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.

Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d'un système d'exploitation imposé par les mâles (...). Cet esclave répondra seul de son malheur s'il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d'un maître qui prétend l'affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu'elles montent à l'assaut pour la conquête de leurs droits.

 

Je parle au nom des mères de nos pays démunis qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu'il existe, pour les sauver, des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d'hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d'une régularité à vous donner, non, plutôt à nous donner, à nous autres du Sahel, le vertige. Ces moyens simples recommandés par l'OMS et l'UNICEF, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.

Je parle aussi au nom de l'enfant. L'enfant du pauvre qui a faim et louche furtivement vers l'abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une épaisse vitre. La vitre défendue par une grille infranchissable. Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier placé là par le père d'un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que présentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.


Je parle au nom des artistes - poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs - hommes de bien qui qui voient leur art se prostituer pour l'alchimie des prestidigitations du show-business.




 



Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge, pour ne pas subir les dures lois du chômage.

 

Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l'esclavage moderne. (...)

 

Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l'humanité, mais aussi et surtout des espérances de nos luttes.

 

C'est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d'une science accaparée par les marchands de canons. Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d'hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim...

 

Je m'élève ici au nom de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération, réellement. Sur cette tribune beaucoup m'ont précédé, d'autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils peuvent se faire entendre. Oui, je veux donc parler au nom de tous les «  laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ».

 

(extraits d'un discours à l'ONU, voir Liens).

 


La famine, la pauvreté en Afrique, une fatalité ?

 

« Le problème, c'est toujours la faim, la pauvreté. La grande responsable ? La dette. La dette est le système le plus subtile, totalement invisible mais le plus efficace. Un système instauré pour poursuivre les mêmes buts que le colonialisme, l'esclavagisme, l'impérialisme. »

 








« Grâce aux subventions et aides à l'exportation attribuées par leur gouvernement aux paysans des pays du Nord, sur n'importe quel marché africain, on peut acheter des légumes ou des fruits italiens, français portugais ou espagnols aux deux tiers ou à la moitié du prix de produits autochtones ! Le paysan africain peut bien travailler avec sa femme quinze heures par jour, il n'a pas la moindre chance de conquérir un minimum vital suffisant pour sa famille. Sur 52 pays africains, 37 sont des pays presque exclusivement agricoles, et on s'étonne que des milliers de jeunes Africains risquent leur vie dans l'Atlantique pour débarquer en Sicile ou aux Canaries. Ce sont des réfugiés de la faim. »

 

Jean Ziegler

 

 

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DJ CC Jung  "The global gang effect (Sankara mix)"
? On parle de tout cela à notre manière, tout simplement...





Liens
 :


 

Allocution de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, prononcée à l'Université de Dakar (Elysee.fr)

 

Site entièrement consacré à Thomas Sankara

 

Thomas Sankara ou la dignité de l'Afrique (Monde Diplomatique)

 

"Le "Che" africain. Il y a 20 ans : Thomas Sankara était renversé" de Claude Gabriel (Thomas Sankara site)

 

Thomas Sankara - (Wikipédia)

 

Discours de Thomas Sankara à l'ONU le 4 octobre 1984 (Cawa.fr)

 

Thomas Sankara, l'homme intègre (Le Monde Diplomatique)

 

Jean Ziegler - Wikipédia

 

Jean Ziegler : pour un « tribunal de Nuremberg » de la crise (Rue 89)


Réfugiés de la faim, par Jean Ziegler (Le Monde diplomatique)

 

Jean Ziegler : La cause de la faim, c'est une répartition aberrante des richesses (Contre Info)

 

  We feed the world (www.la-bas.org)  

 

Ceux qui volent le droit à la nourriture (Mondialisation)


Banques et investisseurs spéculent ouvertement sur la famine mondiale
(Agoravox)

 

Bond des dépenses militaires mondiales (Figaro)

 

Le business des armes se porte comme un charme (Rue 89)

 

Une étude indépendante pointe le danger de la nourriture génétiquement modifiée (Mondialisation)


Les grands semenciers brevètent les gènes d'adaptation au changement climatique
(Le Monde)


Suicides en masse de fermiers indiens : ce qui se profile à l'horizon
(Mondialisation)


Syngenta: milices privées et assassinats au Brésil
(Mondialisation)

 




Osiris

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